Le 1er mai, tous·tes dans la rue !
Un jour de lutte sociale, de mémoire ouvrière et de solidalité internationale
Vous connaissez Warren Buffett ?
L’un des plus grands investisseurs au monde. Il déclarait en 2005 dans une interview de CNN, « il y a une lutte des classes et c’est ma classe, celle des riches qui la mène et nous sommes en train de la gagner. »
Gagner la lutte des classes pour les plus riches de ce monde, c’est nous faire croire que cela ne vaut plus la peine de se battre pour une vie meilleure. C’est aussi nous faire oublier que nos aïeux ont mené cette lutte et arraché toutes les conquêtes sociales que nous avons connues et que nous connaissons encore : le droit de grève, le droit de se syndiquer, la journée de huit heures, la semaine de 40 heures, puis de 35 heures en France, le droit du travail protecteur pour les enfants, les femmes, tous les salarié·es, la sécurité sociale, les retraites, les congés payés…
Vous entendez la petite musique qui dit que tout cela coûte cher et que ce sont des vieilles lunes ? En France, avec la loi travail qui redonne un pouvoir exorbitant au patronat, la loi retraite qui nous fait perdre deux ans de pensions – et, pour certains, des bonus – les attaques contre la sécurité sociale qui nous conduisent à devoir prendre des mutuelles de plus en plus chères, c’est l’État social qui rétrécit, telle une peau de chagrin.
Or le 1er mai c’est le jour où l’on célèbre ces conquêtes et ce qu’elles ont coûté, c’est le jour où l’on montre que les syndicats sont puissants et les mondes populaires prêts à se battre pour obtenir un simple droit de vivre dignement… Le 1er mai c’est un lieu de la mémoire ouvrière internationale, de la solidarité de classe internationale et c’est un jour de congé payé sacré.
L’histoire a débuté en Australie en 1856. Les ouvriers et leurs syndicats organisent une journée de repos pour faire des réunions, des distractions, des spectacles politiques… Il s’agit là d’obtenir la journée de huit heures et pour se donner du courage et de la confiance mesurer dans une démonstration publique les forces dont on dispose face à un patronat intraitable. Cette idée se transmet trente ans plus tard aux États-Unis en 1886, puis plus vite encore grâce au Congrès de l’Internationale Ouvrière en 1889. À cette occasion, 400 délégués décident que la journée de 8 heures doit être la première revendication de tout le mouvement ouvrier. Le délégué des syndicats français propose alors d’organiser chaque année un arrêt de travail universel, tandis que le délégué des travailleur·euses américains rejoint le mouvement américain du 1er mai.
Le 1er mai devient alors une journée de revendications internationale très violemment réprimée, y compris dans le sang. En France, à Fourmies (Nord), le 1er mai 1891, la manifestation tourne au drame : l’armée tire sur les ouvriers et fait neuf morts. Puis c’est Chicago en 1886 qui est endeuillée. Après la guerre mondiale meurtrière de 1914-1918, la journée de huit heures est enfin obtenue en 1919 en France, où le 1er mai est déclaré journée chômée.
C’est là que réside l’exemplarité, mais aussi le caractère sacré de cette conquête faite de batailles coûteuses. En 1941, Le maréchal Pétain – sous régime de Vichy – transforme cette fête de lutte des classes des travailleur·euses en fête du travail et de la concorde sociale.
Aujourd’hui, on voudrait enterrer cette mémoire, et même nous faire croire que ce jour spécifique pourrait devenir une liberté de travailler (ou non), en son âme et conscience. Mais non, ce n’est pas une liberté, c’est une manière d’oublier que l’Etat social suppose des luttes syndicales et politiques, c’est oublier que le monde n’est pas immuable et c’est nous faire croire que dans le contexte de la loi travail, l’idée même de volontariat a encore un sens. Un salarié a-t-il vraiment un libre arbitre avec possibilité de dire non si son employeur lui demande ? Peut-il prendre le risque de perdre son emploi pour un refus de travailler le 1er mai ? En renversant la hiérarchie des normes avec la loi travail, on a donné le pouvoir légal aux patrons, pas aux supposés volontaires qui n’auront en fait aucun choix.
Reculer sur le 1er mai, abandonner le 1er mai, c’est dire à Warren Buffett : “oui tu as raison vous avez gagné”. Alors disons NON, vous ne reprendrez pas le 1er mai, et racontons notre histoire et regagnons des batailles.
Soyons nombreux·es dans les cortèges du 1er mai 2026 !
Carte des manifestations du premier mai 2026 partout en France
Carte générée par la CGT via carte.cgt.fr
