Le cadmium : une réponse réglementaire à une contamination systémique ?
Dans son rapport publié le 25 mars dernier, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a mis sur le devant de la scène l’ampleur de la contamination au cadmium de la population française. Face à une exposition systémique, les réponses sont nécessairement collectives et non individuelles.
Le cadmium, c’est quoi ?
Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans notre environnement à faibles doses.
Mais il peut être davantage présent dans certains engrais phosphatés, ce qui explique sa présence dans les sols et l’alimentation. Or, le cadmium est toxique et provoque de nombreuses maladies (ostéoporose, cancers, etc.). De plus, notre corps l’élimine très lentement (plusieurs dizaines d’années) : c’est pourquoi la seule solution est de s’y exposer le moins possible. De ce fait, comme de nombreux autres polluants, il est surveillé de près par les agences sanitaires.
L’Anses a donc produit une importante étude pour évaluer l’imprégnation au cadmium de la population française et elle tire la sonnette d’alarme. L’imprégnation a bondi de 40% en dix ans et près d’un adulte sur deux dépasse le seuil critique.
De plus, la France est un cas particulier, avec des niveaux de 2 à 4 fois supérieurs à ceux d’autres pays européens, notamment à cause de notre dépendance aux gisements phosphatés marocains, riches en cadmium et utilisés pour une part importante des engrais. En 2021, l’étude « Estaban » de Santé Publique France a déterminé que 47,6 % de la population générale adulte (18-60 ans) dépasse le niveau « critique » de concentration urinaire de cadmium. Face à ces résultats alarmants, l’Anses s’est autosaisie pour réaliser une véritable évaluation de l’imprégnation de la population française. Concrètement, l’étude montre qu’on retrouve des doses journalières tolérables bien trop importantes (elles sont dépassées pour 1 enfant sur 4). Et même dans les cas de légers dépassements, le problème vient de l’accumulation puisque le cadmium s’élimine extrêmement lentement. La seule solution est donc de couper le robinet !
Alors que faire ? Sur le plan individuel, pas grand-chose, malheureusement. « Il n’est pas pertinent de formuler des recommandations en termes de choix individuels et de fréquence de consommation des aliments concernés », indique l’Anses. Cela signifie que, même si certains produits sont plus touchés que d’autres, la contamination est générale ; il est impossible, par des choix individuels, de se protéger du cadmium. Se tourner vers le bio ? Ça ne changerait pas vraiment le problème car le cahier des charges du bio n’interdit pas l’utilisation de roches phosphatées. Le vrai problème vient de l’absence de réglementation stricte sur le taux de cadmium admissible dans les engrais. L’Anses préconise donc une ligne rouge : pas d’apport de plus de 2 grammes de cadmium par hectare et par an, soit pas plus de 20 mg par kg d’engrais. Aujourd’hui, la France autorise 90 mg/kg : c’est 50% de plus que la norme européenne !
Or, dans ce contexte, nous faisons face depuis quelques années à une offensive de la part des partis de droite et d’extrême droite pour détricoter les fameuses “normes” qui entraveraient la croissance économique (comme avec la loi Duplomb).
Pourquoi ce sujet est-il important en ce moment ?
Le 1er juin s’ouvre à l’Assemblée Nationale une semaine d’examen de textes transpartisans. Dans ce cadre, la proposition de loi visant à réduire les risques sanitaires liés aux contaminations au cadmium de l’alimentation, portée par les député·es Benoît Biteau et Clémentine Autain du groupe “Écologiste et Social” y sera examinée. La proposition de loi propose tout simplement de rendre obligatoires les recommandations de l’ANSES.
Mais, comme pour la loi Duplomb, il faudra une pression populaire et une mobilisation citoyenne pour espérer obtenir des avancées.
Références
- Qu’est-ce que le cadmium et quels sont les risques pour la santé ?
- Benoît Biteau : «Ça fait 30 ans qu’on connaît les risques sur le cadmium, et pourtant les pouvoirs publics ne font rien»
- Imprégnation de la population française par le cadmium. Programme national de biosurveillance, Esteban 2014-2016
- Surexposition au cadmium : l’Anses pousse à revoir les pratiques agricoles
- Cadmium : la proposition de loi visant à réduire les risques sanitaires sera étudiée en juin
- Proposition de loi, n° 2678 – 17e législature – Assemblée nationale
