Municipales 2026 : pour qui ont voté les abstentionnistes en 2024 ?
Résumé en bref
😱Entre 2022 et 2024, l’extrême droite a gagné 5,6 millions d’électeur·ices. 1 million d’entre elleux se sont abstenu·es aux européennes.
💰Chez les libéraux (Macronistes et Les Républicains), l’électorat s’est abstenu aux européennes, mais s’est remobilisé pour les législatives face à la menace du Rassemblement National (+ 5 millions d’électeurs en 3 semaines).
🤔 Environ 1,6 million d’électeurs ont voté pour Raphaël Glucksmann, notamment parce qu’il n’est pas allié avec La France Insoumise. En cas de gauche unie, cet électorat rebascule dans le camp libéral.
🥈 La gauche est, dans tous les cas, la seconde force mobilisatrice pour les électeur·ices. Une fois les “macronistes de gauche” retirés, ils et elles sont environ 3,5 millions à s’être remobilisé·es face à la menace d’extrême droite (2,2 millions par rapport à 2022).
Observation : pour qui ont voté les abstentionnistes en 2024 ?
Depuis 1997, jamais les Français·es ne s’étaient déplacé·es si nombreux·ses pour élire leurs député·es. Le 30 juin 2024, près de 33 millions de personnes se sont rendues dans leur bureau de vote pour s’exprimer, permettant à la participation d’atteindre 66,71%, contre 47,5% en 2022, soit une augmentation de près de 20 points !
C’est également nettement plus qu’aux élections européennes de 2024, qui ont eu lieu quelques semaines auparavant seulement.
En revanche, cette hausse de près de 10 millions d’électeur·ices (soit 40% de plus) n’a pas profité dans les mêmes proportions aux différents partis.
Une hausse de 10 millions d’électeur·ices: à quel parti a-t-elle le plus profité ?
Tout d’abord, cela dépend du point de référence. Si on se réfère aux élections législatives de 2022, ou aux élections européennes de 2024, les réponses sont fondamentalement différentes.
1. Le cas de l’entre législatives (2022 – 2024)
Si on regarde à qui a bénéficié cette hausse d’électeur·ices entre les législatives de 2022 et celles de 2024, on voit que ces nouveaux et nouvelles électeur·ices ont massivement préféré l’extrême droite.
Les 9,3 millions d’électeur·ices supplémentaires (entre 2022 et 2024) ont voté pour :
- l’extrême droite, pour 5,6 millions d’entre elles/eux ;
- la gauche pour 2,2 millions d’entre elles/eux ;
- le bloc libéral (droite républicaine et macronistes) pour 1,2 million d’entre elles/eux ;
- d’autres listes pour le reste (0,3 million).
2. Le cas des élections européennes & des législatives de 2024
À l’inverse, si on regarde à qui a bénéficié cette hausse d’électeur·ices sur la seule année 2024, les résultats sont tout autres.
Entre les européennes et les législatives, les 7,3 millions d’électeur·ices supplémentaires (auxquels il faut ajouter 750 000 d’électeur·ices ayant voté pour des “petites listes” aux Européennes) ont voté pour :
- l’extrême droite, pour 1 million d’entre elles/eux ;
- la gauche pour 1,9 million d’entre elles/eux ;
- le bloc libéral (droite républicaine et macronistes) pour 5 millions d’entre elles/eux.
En résumé, la mobilisation des abstentionnistes a bénéficié majoritairement à l’extrême droite, si on regarde uniquement les élections législatives. Puis au bloc libéral si on regarde uniquement les élections de 2024.
À chaque reprise, le bloc de gauche est le deuxième bénéficiaire de la mobilisation, mais loin derrière la première force.
Analyse : les 3 points importants à retenir de ces données
En réalité, trois tendances se sont additionnées pendant ces élections. 👇
1. Une progression très forte de l’extrême droite
Entre 2022 et 2024, on observe une forte progression de l’extrême droite, avec un électorat qui se mobilise à chaque élection. En deux ans, l’extrême droite a gagné 5,6 millions d’électeurs, dont 1 million se sont abstenus aux européennes.
2. Une démobilisation que l’on pourrait qualifier de temporaire de l’électorat libéral
Lors des européennes de 2024, l’électorat libéral n’était pas au rendez-vous, mais il s’est remobilisé pour les législatives quelques semaines après.
3. Un électorat fluctuant de Glucksmann à Macron
En effet, Raphaël Glucksmann, par son positionnement, a en réalité pris une partie des voix macronistes à la liste de Valérie Hayer, dont la campagne a été difficile. Une partie de son électorat s’est reporté sur les listes du bloc libéral aux législatives, du fait de l’union de l’ensemble des partis de gauche.
En prenant en compte ce phénomène, la mobilisation aurait en réalité profité à la gauche davantage que ce qu’indiquent les chiffres. Cette hypothèse est confirmée au moins partiellement par plusieurs témoignages : Législatives : avec un candidat LFI, les électeurs de Glucksmann entre vote de raison et tentation d’un retour à Macron – Libération / Législatives: des électeurs de Raphaël Glucksmann ne veulent pas voter LFI, « c’est hors de question ».
Pour tenter de la quantifier, on peut se baser sur le sondage IFOP du 5 mai 2025 sur la présidentielle 2025. En cas de candidature de Raphaël Glucksmann, ou en son absence, 5% de l’électorat passe de Glucksmann aux libéraux (4% pour une candidature Édouard Philippe, et 1% pour une candidature Les Républicains représentée par Retailleau ou Wauquiez). Appliqué à l’électorat des législatives 2024, cet électorat fluctuant représente environ 1,6 million d’électeur·ices.

Ce que ces dynamiques disent des municipales de 2026
Ces données permettent de tirer plusieurs enseignements utiles à l’approche des municipales de 2026.
D’abord, elles rappellent que la mobilisation électorale n’est ni acquise, ni homogène. En 2024, ce sont des contextes très précis qui ont permis une remobilisation massive, notamment du bloc libéral.
Ensuite, les chiffres montrent que l’extrême droite dispose aujourd’hui d’un socle électoral stable et mobilisé, capable de se déplacer à chaque scrutin, y compris lorsque la participation est faible. Dans ce contexte, chaque point d’abstention supplémentaire pèse mécaniquement en sa faveur, en particulier dans des scrutins locaux où les écarts se jouent parfois à quelques centaines de voix.
À l’inverse, la gauche apparaît comme une force de mobilisation réelle bien que secondaire, qui bénéficie clairement des dynamiques de sursaut démocratique. Les municipales représentent donc un enjeu stratégique majeur : c’est à ce niveau que peuvent se construire des mobilisations durables, fondées non sur la peur, mais sur des projets concrets et locaux.
Les résultats de 2024 montrent qu’une remobilisation de la gauche est possible. Rejoignez Victoires Populaires pour sauver des voix à gauche aux municipales 2026 !
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Cet article a été rédigé à partir d’une note d’analyse de Florent Guignard pour Victoires Populaires en mai 2025.
Sources :
